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éditorial
Le
17 septembre 2003, lors du procès des responsables de la
mort de madame Sémira Adamu, la cour à entendu l'avis d'un
groupe de travail qui se prononçait sur la connaissance
que les fonctionnaires avaient du risque mortel de la technique
du coussin.
Lors
des rapatriements forcés des étrangers en situation illégale,
il était courant à l'époque des faits que les gendarmes
calment les récalcitrants en leur appliquant sur le visage
un coussin de sorte que l'étouffement conduise à une perte
de connaissance et permette le décollage de l'avion dans
l'ordre et le calme.
Je
me demande si la cour à bien fait de se demander si les
assassins étaient conscients du danger qu'ils faisaient
encourir à leur victime. Je me demande qui n'est pas conscient
des dangers de la suffocation?
En
l'occurrence les accusés étaient des gendarmes qui exécutaient
une de leurs missions, c'est à dire reconduire à la frontière
les étrangers indésirables.
Il faut savoir qu'ils ne sont pas les seuls à avoir utilisé
la méthode de l'étouffement pour obtenir des étrangers qu'ils
restent calmes au moment de leur départ. Il faut dire que
ces mêmes hommes ont plusieurs fois eu recours à cette méthode.
Appuyer
sur le visage de quelqu'un un coussin jusqu'à ce qu'il s'évanouisse.
Et
ici, appuyer sur le visage de quelqu'un un coussin jusqu'à
ce qu'il meure.
Ces
gendarmes n'avaient disent-ils pas l'intention de tuer.
Leurs collègues qui ont aussi utilisé cette méthode n'avaient
sans doute pas d'autres intentions que d'amener les étrangers
à conduire hors de notre pays à rester calme.
La
police est autorisée à porter une arme et donc de s'en servir.
L'usage de l'arme de service est limité. On ne s'imagine
pas des policiers tirant sur des gens.
Ici
il s'agit d'un meurtre commis à la main. Si les gendarmes
se sentaient autorisés à étouffer (jusqu'à évanouissement)
des gens pour mener à bien le travail pour quoi ils étaient
appelés et que maintenant on les juge au prétexte qu'ils
ont finalement donné la mort, ne faudrait-il pas juger aussi
les autres gendarmes qui ont étouffé sans donner la mort
au cours de ce même travail?
Au
fond qui ignore que la vraie raison de cette mort est le
sentiment de supériorité que donne et l'uniforme et l'impunité
qu'il implique et qu'avant cette mort embarrassante rien
ne venait démentir? Qui dira que la rébellion face à l'autorité
n'est pas punissable dans l'esprit de ces pauvres gendarmes
par la mort? Représenter la loi, porter l'uniforme de sa
branche armée, incarner la force publique conduit celui
qui s'est désigné pour le faire à se figurer comme ayant
une justification supérieure à ses actes. Personne n'est
policier de manière contrainte, tous se sont portés volontaires
pour représenter la société et à l'occasion être violent
en son nom. Porter une arme signifie qu'on est prêt à en
faire usage sinon on ne s'encombre pas de cette mécanique
dangereuse. Faire usage d'une arme, même impunément, même
au nom de tous conduit à blesser. Blesser quelqu'un et savoir
qu'on ne sera pas puni est le propre de la police. Tuer
quelqu'un et jouir d'un procès tatillon est le propre des
agents de la force publique. Aucun gendarme ne me représente.
Aucune personne qui se sente si au-dessus de tout qu'il
puisse blesser n'agit en mon nom. Mais puisque les policiers
portent toujours à leur ceinturon la preuve tangible de
leur exception je ne dois pas faire partie de la société
représentée par la loi. Je me sens hors la loi et donc menacé
par ses violents gardiens. Si on puni légèrement ou seulement
ceux-là au titre de lampistes je crains que rien ne serve
de garde-fou hormis la morale de chaque policier ce qui
me paraît contraire à l'idée qu'il y ait une loi pour tous.
Le
fait qu'on se demande si des adultes savent qu'une action
qui mène à l'évanouissement représente un danger me paraît
inquiétant dans la mesure où il me semble que la question
insinue une disculpation possible. En arriver à ce degré
de doute et de présomption d'inconscience et donc une réduction
de culpabilité me paraît odieux. Quelle action menant à
un évanouissement ne constitue pas par sa prolongation un
danger mortel? Quel ignorant de ce constant est apte à porter
un objet aussi dangereux qu'une arme? Si des étouffeurs
jusqu'à l'évanouissement étaient aptes à représenter la
loi, est-ce qu'une bavure change vraiment les choses et
les consciences? "to top" |